Le vieil homme et la panthère
Il était une fois un vieil homme qui avait son champ quelque part, non loin de chez lui. Tous les matins, il s'y rendait et ne manquait pas de cultiver jusqu'à midi. Dans ce champ se dressait un énorme baobab dont une cavité abritait une abondante compagnie de pintades. Avant de quitter son travail, le vieux avait coutume de plonger la main dans la cavité d'où il sortait deux ou trois pintades qu'il portait à sa femme. Tous les jours, c'était le festin dans la maison du cultivateur. Les gens du village, en parlaient avec envie et ses plus intimes l'interrogeaient sur l'origine de cette aubaine vraiment inattendue.
- C'est une trouvaille que Dieu m'a fait faire et je ne saurais en dire davantage.
La femme, à la fontaine et au marché ne parlait que de l'abondance et de la succulence des mets qu'elle préparait. Le vieux continuait toujours à se ravitailler à son trésor inépuisable.
Un jour, il partit au champ plus tôt que d'habitude et travailIa jusqu'aux environs de onze heures. Il se dit alors :
- Ah ! il est temps que j'aille voir mes petits camarades. Sans doute sont-ils las de m'attendre. Je vais tout juste achever ce petit coin et m'en aller.
A l'instant même, une perdrix s'envola et passa près de lui.
- A coup sûr, voici la preuve que mes oiseaux sont impatients. Je vais y aller.
Le voilà donc en route vers le baobab creux. Une panthère s'était entre-temps glissée par là et était montée sur l'arbre. Elle était allongée sur une branche, l'œil fixé au sol. Le vieux arriva et comme de coutume plongea la main pour saisir ses proies. Mais levant la tête, ses yeux se fixèrent sur ceux du fauve.
La peur s'empara de tout son être. Il se prit les oreilles et poussa un très long cri :
- C'est... la... panthè... re.
Le cri était si puissant et déchirant que l'animal effrayé tomba raide mort au pied de l'arbre.
Le vieil homme et la panthère (25) dans Contes wolof du Baol (1968) recueillis et adaptés par Jean Copans et Philippe Couty, d'après une traduction de Ben Khatab Dia, Paris, Union générale d'éditions, 1976, p. 81-83.
Site horizon.documentation.ird.fr, consulté le 29 octobre 2025 :
https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers18-01/08989.pdf
Jean Copans est anthropologue et sociologue africaniste, associé à l’IMAF (Institut des mondes africains) et Philippe Couty est chercheur à l'ORSTOM (Office de la recherche scientifique et technique outre-mer). Ils ont adapté les Contes wolof du Baol qu’ils ont recueillis en 1967 à Yassy (Missirah), au Sénégal en s’appuyant sur la traduction de M~ Ben Khatab Dia du C.L.A.D. (Centre de linguistiqué appliquée de Dakar).
Sur les Contes wolof du Baol :
Jean Copans et Philippe Couty, op.cit., avertissement par Philippe Couty, p. 7.
Notice détaillée, sudoc, site www.sudoc.abes.fr, consulté le 29 octobre 2025 :
https://www.sudoc.abes.fr/cbs/DB=2.1//SRCH?IKT=12&TRM=00127466X
Sur Philippe Couty :
Notice biographique, Ed. Chandeigne, site editionschandeigne.fr, consulté le 29 octobre 2025 :
https://editionschandeigne.fr/traducteur/philippe-couty/
Sur Jean Copans :
Notice biographique, IMAF (Institut des mondes africains), site imaf.cnrs.fr, consulté le 29 octobre 2025 :
https://imaf.cnrs.fr/spip.php?article743
"Publication | Jean Copans, L’anthropologue sans cochons", Canthel - Centre d'Anthropologie Culturelle, site canthel.shs.parisdescartes.fr, consulté le 29 octobre 2025 : http://canthel.shs.parisdescartes.fr/publication-jean-copans-lanthropologie-sans-cochons/
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Vous trouverez l’intégralité des Contes wolof du Baol sur horizon.documentation.ird.fr (L’amateur d’œufs ; Le laveur de cadavres; Comment guérir la peur ; Samba de la vallée, Samba de la montagne et Sadinghale ; Un menteur renommé ; La vengeance du lièvre, etc.).
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